Le colloque du 27 mars 2009 organisé à Lille par la CCI Grand Lille sur le thème "Entreprises et Génération Y"- a été d'une grande tenue par la qualité de l'organisation et la complémentarité des apports des intervenants.
Bravo à Dominique Delaporte pour son initiative de regrouper sur une journée entière plus de 150 participants (DRH, enseignants et jeunes) dans un programme alerte alternant des micros trottoirs donnant la parole aux jeunes sur leur vision de l'entreprise et des exposés d'experts et de praticiens proposant une analyse du phénomène Y mais aussi des pistes d'action concrètes.
La matinée avait pour objectif de décrypter la génération Y sur ces différentes facettes à travers des approches démographiques, sociologiques et psychologiques. Un aller et retour entre la vie quotidienne des jeunes et l'analyse des caractéristiques de cette génération qui représente 13 millions de personnes soit 20 % de la population active.
Gérard Mermet - directeur de Francoscopie - a mis en évidence à travers les évolutions sociétales les valeurs de cette "génération mutante". Celui qui est à l'origine du terme adulescent pour décrire ce cas de figure qui fait que ces jeunes sont à la fois adolescent plus tôt et adulte plus tard... et dont les comportements incarnent le besoin de confort matériel mais aussi l'inconfort moral.
Le décor était dressé pour montrer en quoi toute généralisation sur les motivations et aspirations serait abusive concernant cette génération en recherche d'identité, soucieuse de développement personnel et de métissage culturel. Il a montré en quoi ces jeunes représentent une vraie chance pour nos entreprises et que derrière l'individualisme se cachait l'idéal d'être soi même et de réussir sa vie plus que de réussir dans la vie.
Sylvie Deffayet professeur de management à l'Edhec a fait part à travers son expérience et ses recherches universitaires de la problématique de la légitimité du management. Les jeunes sont très affectifs et ils refusent d'être managés par un "bouffon". Quelles sont les attentes des jeunes Y vis à vis des managers ?... La légitimité du manager repose sur sa proximité relationnelle mais surtout sur sa capacité à apporter à partir des besoins une vraie valeur ajoutée. C'est le "manager imprésario" qui saura guider le projet professionnel, stimuler sans imposer. Une occasion aussi pour rappeler l'importance de proposer une réelle communauté managériale à ses jeunes si friants de la tribu et du travail en réseau
Thérèse Lebrun - Président recteur de l'Université Catholique de Lille - le Grand Témoin de cette matinée a trouvé les mots justes pour synthétiser la richesse des apports et mettre l'accent sur l'importance de l'écoute pour apprendre à mieux se connaître.
L'après midi était consacrée à la thématique "Apprendre à Vivre ensemble" et avait pour but de faire le point sur les constats effectués au sein des entreprises et les actions concrètes réalisées dans le domaine de l'intégration des jeunes Y.
Daniel Ollivier (Thera Conseil) a ouvert les travaux pour mettre en relief à travers son expérience de consultant la méconnaissance actuelle du phénomène Y et les évidentes difficultés rencontrées au quotidien par les managers. Cela va de la banalisation (il est où le problème...) au non dit d'une souffrance vécue par des managers en situation d'échec. Une étude récente réalisé par Catherine Tanguy et lui fait apparaître que 2/3 des jeunes portent un regard critique sur leur intégration dans l'entreprise. En cas de démission, les jeunes estiment que la responsabilité des encadrants influe plus largement que l'intérêt du job ou la rémunération proposée.
Dans cette situation d'échec, la position des managers oscille autour de 4 explications essentielles : le sentiment que les jeunes sont plus centrés sur leurs droits que leurs devoirs, l'impatience ressentie autour du "tout, tout de suite...", le zapping comportemental qui se traduit par la nécessité de passer rapidement à autre chose (saturation) et le manque de persévérance dans l'effort, l'exigence liée à l'individualisme et l'infidélité.
Cette approche prouve la méconnaissance des besoins et attentes des jeunes et la nécessité de faire évoluer rapidement les croyances et pratiques managériales.
Changer le regard que l'on porte sur la génération Y, c'est bien l'objectif visé par l'intervention de Julien Pouget consultant (IDRH) qui appartient à cette génération et qui manage dans le cadre des projets des jeunes appartenant à cette même génération. Il a montré en quoi l'inertie stratégique des dirigeants était un calcul dangereux sachant qu'avec le buzz sur le net une image peut se ternir en très peu de temps. Et ils se trouvent que les jeunes Y manient fort bien les nouvelles technologies et qu'ils alimentent facilement leurs blogs et autres réseaux sociaux. Une démonstration édifiante pour montrer que le développpement de la communication sur le net est une nécessité pour les entreprises si elles veulent pouvoir recruter et fidéliser les talents.
Le témoignage de plusieurs entreprises est venu nous montrer que des démarches sont réalisées pour faciliter l'intégration des jeunes et que des réussites intéressantes viennent sanctionner les dispositifs mis en place : Banque Scalbert Dupont, SFR, Auchan, Appelez moi Arthur.
Julien Luas un des créateurs de Whyers a montré de quelle manière ce site permettait dans le cadre de leurs projets respectifs aux entreprises et aux jeunes Y de se découvrir mutuellement. Une approche qui rappelle bien évidemment la démarche de Meetic. Et si l'entreprise et les jeunes Y étaient faits pour vivre une vraie histoire d'amour. Les enjeux actuels prêchent évidemment pour une telle finalité.
Jean François Bernardin - Président des CCI - est venu clore avec lyrisme cette journée pour rappeler l'importance de l'intégration des jeunes et mettre aussi en relief les actions réalisées dans le domaine de l'apprentissage et l'insertion. Espérant qu'il sera entendu et qu'une telle journée facilite les relations entre les jeunes Y et le milieu de l'entreprise.