Nous sommes heureux de voir que la Génération Y trouve une place de choix dans les médias mais nous sommes aussi inquiets de voir de quelle manière ce sujet est abordé. Sans doute, est-ce la rançon d'un succès grandissant ?...
Dans un billet précédent, je m'élevais contre les arguments avancés par quelques experts critiques vis à vis de la mise en valeur de cette problématique et je n'ai nul envie d'entamer ici une polémique qui devient rapidement contre-productive.
Nier les différences entre générations, c'est prendre le risque de ne pas savoir tirer profit de ce métissage culturel qui est devenu une clé de voûte de la compétitivité. Dans ce blog, nous avons déjà eu l'occasion de montrer en quoi les marqueurs sociaux, culturels et économiques expliquent le clivage constaté dans la relation au travail.
Alors que ce conflit entre générations remonte à l'Antiquité, il est plus intéressant de s'interroger sur les motifs qui expliquent pour quoi ce débat prend aujourd'hui une telle ampleur ?...
Je voudrais mettre en relief 3 raisons majeures :
1. Les structures et modes de fonctionnement de l'entreprise : elles évoluent moins vite que la société et cette réalité génère un décalage préjudiciable à l'intégration. Ces jeunes ne trouvent pas leur place par manque de maturité mais bien parce qu'ils disposent d'une lucidité perturbante pour nos dirigeants et managers. Un dirigeant m'affirmait récemment qu'il ne remettait pas en cause la nécessité d'agir mais qu'il n'avait pas, dans le contexte actuel, les moyens de considérer cette question comme prioritaire. Est-ce la bonne approche, on peut en douter ?...
2. L'accélération du changement : nous sommes en train de changer de monde pour rentrer dans une économie du savoir où l'intelligence collective devient essentielle. Ces jeunes se sentent mal à l'aise dans nos organisations mais ils sont en phase avec les transformations en cours. Je vous suggère de découvrir, sur ce blog, l'interview de Marc Luyckx Ghisi à propos de son ouvrage "le Surgissement d'un Nouveau Monde". Reconnaissons que ces jeunes représentent la première génération qui disposent de compétences que ne détiennent pas les générations précédentes, hiérarchie comprise.
3. Une génération est marquée par une histoire commune et la génération Y c'est les 35 heures, le chômage de leurs parents à 50 ans sans oublier les divorces et la famille monoparentale. Les transmetteurs de valeurs dominants ne sont plus ceux des autres générations : famille,église,armée. Les pairs sont plus importants que le père. Ce qui pouvait se gérer par l'assimilation progressive ne peut plus se réaliser ainsi. Le fossé entre générations n'a jamais été aussi grand et chacun peut le vivre au sein de sa propre famille.
Toutes ses raisons militent pour que l'on s'intéresse à cette nouvelle génération non pas comme un "phénomène de foire" mais bien comme un agent de changement indispensable à l'adaptation nécessaire de nos entreprises. Elle n'est pas supérieure aux autres générations, tout simplement différente. Faisons de nos différences, de vraies complémentarités...